

Trump n'a pas affaibli l'engagement collectif de sécurité au sein de l'Otan, dit Rutte à l'AFP
Donald Trump n'a pas affaibli l'engagement collectif de sécurité pris par tous les membres de l'Otan, en vertu de l'article 5 de l'organisation, a assuré le secrétaire général de l'Alliance Mark Rutte dans un entretien avec l'AFP.
"Il n'a pas affaibli l'article 5. Il est attaché à l'Otan, il est attaché à l'article 5", a-t-il assuré, balayant les doutes entourant l'engagement du président américain pour la défense du continent européen.
Donald Trump a menacé de ne plus défendre les "mauvais payeurs" au sein de l'Otan, s'ils n'acceptaient pas d'augmenter drastiquement leurs dépenses militaires.
Et le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth a rappelé le mois dernier que les troupes américaines stationnées en Europe ne pourraient pas y rester "éternellement".
"Le départ des Etats-Unis, de l'Otan ou de l'Europe, n'est pas à l'ordre du jour, les Etats-Unis sont là", a toutefois affirmé M. Rutte, à l'issue d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Alliance, jeudi et vendredi à Bruxelles.
Les Etats-Unis "vont s'orienter davantage vers l'Asie, ce qui pourrait, avec le temps, signifier qu'ils doivent se rééquilibrer", a-t-il souligné. "Mais il y a aujourd'hui, et il y aura toujours en Europe, une présence nucléaire et conventionnelle des Etats-Unis, a-t-il insisté.
- La Chine, une menace aussi -
Les Européens espèrent qu'un éventuel désengagement américain de leur continent se fasse en bon ordre. "Je m'attends à ce que cela se fasse sans surprises", a dit le secrétaire général à ce sujet.
Le président américain s'exprime dans "un langage fort" a estimé M. Rutte, notamment sur le sujet des dépenses militaires, quand il dit : "Je veux que l'Europe et le Canada soient au moins à égalité avec les Etats-Unis".
Les Etats-Unis consacrent 3,4% de leur Produit intérieur brut (PIB) à leur défense quand la plupart des pays européens sont autour du chiffre de 2%. Certains sont au-dessus de 3%, et quelques autres en-dessous de 2%.
Donald Trump a exigé que tous atteignent le seuil des 5%, mais cet objectif semble hors de portée pour nombre de pays de l'Alliance.
"Nous devons dépenser plus, non pas parce qu'il le souhaite, mais en raison de la menace russe", a expliqué M. Rutte. L'analyse des capacités de défense de l'Alliance, "nous amènera à conclure, dans les mois à venir, que nous ne pouvons pas nous défendre avec 2%", a ajouté le secrétaire général.
Ce dernier veut, d'ici le prochain sommet de l'Otan à La Haye en juin, obtenir un engagement des pays de l'Alliance à dépenser davantage. Selon plusieurs diplomates, il pourrait d'ici là proposer un nouveau pourcentage à atteindre, compris entre 3,5% et 3,7%, soit un peu plus que le niveau actuel de l'engagement américain.
"Je pense qu'il faut maintenant arriver à un chiffre, qu'il s'agisse de milliards ou d'un pourcentage, mais aussi à un chemin pour y parvenir", a-t-il détaillé.
En 2014, les Alliés s'étaient donnés dix ans pour parvenir au seuil de 2%, mais sans "tracer la voie" pour atteindre ce pourcentage, a-t-il rappelé.
Mark Rutte a également insisté sur le fait que Moscou restait la principale menace pour l'ensemble de l'Otan, et pas seulement pour l'Europe.
Il a ajouté qu'il considérait la Chine comme une "menace".
"Je sais que le langage de l'Otan est un peu plus prudent, mais la Chine, avec les énormes investissements qu'elle réalise dans le domaine militaire, davantage de navires de guerre que les Etats-Unis, un millier d'ogives nucléaires. Oui, c'est vraiment en train de s'intensifier", a-t-il assuré.
C.Maier--MP